Depuis les années 1990, les opérations militaires ne sont plus l'apanage des armées nationales. Désormais il existe de multiples Sociétés Militaires Privées (SMP) qui se partagent un marché estimé à plusieurs dizaines de milliard d'euros. Parfois contractualisées par des armées nationales en tant qu'organismes d'externalisation de la défense, ou alors payées grassement par des sociétés ou des gouvernements déstabilisés, les SMP interviennent dans des lieux de conflits la plupart du temps pour protéger ou évacuer des personnalités.
La SECOPEX est l'une de ces sociétés et est française. Son dirigeant, Pierre Marziali, a été tué à Benghazi en Libye dans la nuit du 12 au 13 mai 20111. Lui comme la plupart de ses collaborateurs sont d'anciens militaires2. Mais loin de l'attachement à la nation, il s'agit pour eux de gagner le maximum d'argent en utilisant les réseaux diplomatiques ou d'influence français afin de décrocher des contrats.
Ainsi, Monsieur Marziali était à Benghazi pour discuter business avec les rebelles lorsqu'il a été tué d'après le New York Times3. Que ce genre de sociétés existent ne me dérange pas, c'est notre monde et notre époque qui en sont les responsables. Mais ce qui me gêne, c'est que ces sociétés s'enrichissent sur le dos des nations et donc des peuples.
En effet, comme l'accord de l'ONU concernant la guerre en Libye stipulait qu'aucune armée étrangère ne pouvait fouler le sol libyen, c'est bien à ce genre de sociétés que la France, comme ses alliés, ont fait appel pour former les rebelles sur place. L'argent du budget de la défense nationale est donc allé directement dans les poches de ces sociétés au lieu de servir véritablement les intérêts français. Et plus grave : comment mandater ce qu'il faut bien appeler des mercenaires dans le cadre d'une résolution internationale ? D'autant que si on en croit certaines sources4, la SECOPEX étaient en Lybie afin d'espionner les rebelles pour le compte de Kadhafi, et donc en contradiction avec les intérêts français – du moins les intérêts officiels. Signalons également que dans l'entourage de Marziali figurait l'ancien agent de la DGSE Pierre Martinet qui avait espionné Bruno Gaccio, l’un des auteurs des Guignols de l’Info pour le compte de Canal Plus5.
Mais autre chose retient mon attention. Pierre Marziali était franc-maçon et a désormais une loge maçonnique à son nom6. Cette information soulève plusieurs problèmes. D'abord, l'armée et la franc-maçonnerie se retrouve a priori sur pas grand chose pour des raisons essentiellement religieuses – l'armée étant en général très imprégnée par le catholicisme7, alors que Marziali était un ancien militaire. Mais surtout cela pose la question des contradictions de la franc-maçonnerie, censée être un refuge humaniste et républicain : qu'y-a-t-il d'humaniste et de républicain dans le fait de se faire du fric en profitant des conflits et de l'argent des contribuables ?
Alois VILEROU
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